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Alimentation : acteur important de la relation entre le microbiote intestinal et le DT2

Le microbiote intestinal est un autre soi qui est loin d’avoir livré tous ses secrets. Composé de 2 172 espèces bactériennes identifiées à ce jour regroupées en 4 grandes familles (les phyla) — Firmicutes (Gram-), ProtobacteriaActinobacteria, et Bacteroidetes (Gram +) —, le microbiote a des effets de mieux en mieux documentés sur les métabolismes de l’hôte.

L’alimentation est un déterminant important de sa composition et participe au déséquilibre entre les espèces bactériennes qui conduit à la dysbiose, entité biologique aux conséquences cliniques encore floues. Plusieurs travaux cliniques méthodologiquement solides ont montré que la dysbiose était associée à une augmentation de la prévalence du DT2 et à l’induction d’une inflammation de bas grade. En théorie, les manipulations diététiques communément préconisées dans la prise en charge du diabète pourraient intervenir par le biais d’un rééquilibrage des espèces bactériennes et pas seulement par un effet direct.

Une revue systématique et une métaanalyse ont évalué l’impact des mesures diététiques sur les modifications du microbiote intestinal et sur les paramètres métaboliques chez des sujets DT2 avec l’arrière-pensée que le c’était la modification du microbiote qui contribuait à un meilleur contrôle métabolique. L’analyse des 8 études éligibles a confirmé que les modifications de l’alimentation s’accompagnent de modifications du microbiote et d’améliorations métaboliques significatives portant sur l’HbA1c (p < 0,01) sans modifications de la glycémie basale, de l’insulinémie ou de l’insulinorésistance évaluée par l’indice HOMA-IR. Les modifications de la flore étaient assez subtiles et portaient à la fois sur la diversité et sur les équilibres entre les espèces. Il n’y avait pas de modifications quantitatives significatives pour les espèces BifidobacteriumRoseburia ou Lactobacillus mais une augmentation du rapport Firmicutes/Bacteroidetes ainsi que des modifications matricielles. Il existe de surcroît une relation positive entre certaines espèces comme Ackermansia muciniphila et Bacteroidetes et le cholestérol LDL, ou entre Ruminococcus et la glycémie à jeun. En revanche, Faecalibacterium prautznitzi est corrélée négativement avec la glycémie.


Les interventions diététiques parviennent à modifier le microbiote mais ont assez peu d’effets sur les marqueurs de l’inflammation et les acides gras à chaîne courte qui sont en lien avec la composition du microbiote. Cette étude systématique n’a pas véritablement clarifié l’impact de l’alimentation sur le microbiote et sur les paramètres métaboliques dans le DT2 du fait de résultats en demi-teinte, sa conclusion principale étant d’inciter à organiser des études randomisées portant sur l‘impact des régimes alimentaires sur le microbiote et l’équilibre métabolique. C’est précisément une étude randomisée contrôlée en double insu comparant les effets d’une alimentation de type portfolio (PF) riche en fibres et en polyphénols, pauvre en graisses saturées et en sucres simples à ceux d’une alimentation standard occidentale qu’ont réalisé Vera et coll. chez 81 sujets ayant un DT2.
Après 3 mois de régime PF, il est observé une amélioration de la dysbiose portant sur la diversité et l’abondance des espèces, qui est indépendante de la nature du traitement médicamenteux. Il existe une diminution de Prevotella capri et une augmentation d’Ackermansia et de Faecalibacterium, 2 bactéries connues pour avoir des effets anti-inflammatoires. Le groupe d’intervention présente également une réduction significative de l’aire sous la courbe de la glycémie, des concentrations de lipoprotéines LDL, de cholestérol, d’acides gras libres (AGL), des triglycérides, de la CRP et de l’HbA1c (< 0,05) et une augmentation de l’activité antioxydante du sérum (p < 0,01).

Ces résultats encourageants observés à long terme confirment le pouvoir d’un régime antioxydant à faible densité énergétique quant à la composition du microbiote avec dans son sillage des effets métaboliques bénéfiques qui lui sont possiblement en partie attribuables. C’est en tout cas une raison supplémentaire de promouvoir un régime dans le DT2, quelle que soit la puissance de feu des médications actuelles.

• Houghton D et al. Systematic review assessing the effectiveness of dietary intervention on gut microbiota in adults with type 2 diabetes. Diabetologia 2018 ; 61 : 1 700-11.
• Vera IM et al. A dietary intervention with functional foods reduces metabolic endotoxaemia and attenuates biochemical abnormalities by modifying faecal micobiota in people with type 2 diabetes. Diab Metab 2018 on line http://doi.10.1016/j.diab.2018.0900407

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