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Alzheimer : la prise de BZD peut majorer le risque chez le sujet âgé

Les benzodiazépines à demi-vie longue ont été associés à une augmentation de 60% du risque de développer une maladie d’Alzheimer selon une étude INSERM publiée dans Alzheimer and Dementia.

Les benzodiazépines sont  de nouveau montrées du doigt chez la personne âgée. En effet la consommation de BZD à demi-vie longue majore de 60% le risque d’apparition de démence chez elle. Un risque à rajouter à celui de chute comme cela a été montré antérieurement. Telle est la conclusion alarmiste d’une étude INSERM publiée dans la revue Alzheimer and Dementia.Et cette étude est intéressante à deux niveaux : par sa conclusion, mais aussi par le constat qui en découle, c’est à dire que malgré toutes les recommandations pour éviter ce type de benzodiazépines chez la personne âgée, certains médecins continuent à le faire.

Etude 3 C

Cette étude est un volet de l’étude 3C pour “3 cités”, qui se déroule dans 3 villes : Bordeaux, Dijon et Montpellier. Elle a inclus 9000 personnes de 65 ans et plus, en bonne santé, qui ont été suivies pendant 8 ans. Si les auteurs se sont intéressés à l’association consommation de benzodiazépines et risque de démence, c’est parce que des études préalables avaient déjà suggéré ce lien.

Pour  le Pr Christophe TZOURIO, neurologue, Directeur du centre de recherche Epidémiologie et biostatistique à Bordeaux « l’étude confirme cette association entre benzodiazépines et démence, mais ce qui est nouveau c’est qu’on montre que le risque est porté par les demi-vie longues et pas du tout par les demi-vies courtes »

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Tout sur les demi-vie longues, rien sur les courtes

Et par démence il s’agit essentiellement de maladie d’Alzheimer. Un résultat qui a quand même surpris les auteurs : « On est les premiers à le dire. C’est tout à fait fort et inattendu. On pensait que l’association se retrouvait à la fois avec les BZD de demi-vie longues et courtes. Mais là, la différence de signal est très forte : tout est sur les demi-vies longues et rien sur les courtes ».

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Rappelons que les BZD de demi vie courte sont celles dont la demi vie est inférieure à 20 heures. Ce sont par exemple pour les hypnotiques la Zopiclone, le Loprazolam, ou l’Estazolam et pour les anxiolytiques le Lorazépam, l’Oxazepam ou l’Alprazolam.

Rappelons aussi que les benzodiazépines ont été mises en cause dans des études précédentes toujours chez les personnes âgées, pour leurs risques de dépendance ou encore celui de provoquer des chûtes.

Pas d’Alzheimer avant

La question que l’on peut se poser est de savoir si les personnes qui entraient dans l’étude n’avaient pas déjà une maladie d’Alzheimer. Ce qui constituerait un biais, mais les patients étaient sains à leur inclusion. Par contre on peut se demander s’ils n’ont pas commencé à prendre des BZD pour les premiers symptômes d’une maladie d’Alzheimer qui se manifesteraient par des troubles du sommeil, de l’anxiété ou encore une dépression.

Pour Christophe TZOURIO : «  C’est chez ceux qui n’ont pas de trouble du sommeil, de dépression ou qui ne sont pas anxieux que l’effet des BZD est le plus prononcé sur le risque de démence”.

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Ces résultats vont cependant dans le même sens que d’autres études. En particulier, une étude, parue dans le BMJ, avec une autre équipe de l’INSERM, qui avait bien montré en 2014, que l’utilisation de benzodiazépines pendant 3 mois ou plus, était associée à un risque accru de développer une maladie d’Alzheimer après 65 ans et que la force de l’association augmentait avec la durée de l’exposition. Cependant l’étude actuelle n’a pas pu évaluer l’impact de l’accumulation des doses de benzodiazépines ou de leur durée de consommation.

Des warning allumés depuis longtemps

En tous les cas, les warning sur les benzodiazépines à demi-vie longue étaient allumés depuis longtemps par les autorités de santé pour leur risque de chute et de dépendance. Or dans l’étude parue dans “Alzheimer and Dementia”, 20% des patients sous BZD prenaient des BZD à demi-vie longue.

Pr Christophe TZOURIO, neurologue

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Difficile effectivement de résister à la pression de la demande. Et selon l’ANSM, la durée annuelle moyenne d’utilisation est de 5 mois pour les anxiolytiques et de 3.9 mois pour les hypnotiques. Mais de là à jeter le bébé avec l’eau du bain , Christophe Tzourio s’en défend bien : « Il ne s’agit pas du tout d’interdire ces médicaments car ils sont utiles que ce soit pour des troubles du sommeil ou de l’anxiété. Mais il faut arrêter de prescrire des BZD de demi-vie longue chez les personnes agées. »

Pr Christophe TZOURIO, neurologue

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