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Androcur : un cachet au parfum de scandale sanitaire ?

C’est ce que titre Libération, qui fait savoir : « Une semaine après avoir révélé une étude sur le risque de tumeur induit par ce traitement hormonal largement prescrit, l’Agence du médicament pourrait annoncer des mesures ce mardi ».

Le journal rappelle que « l’acétate de cyprotérone […] est un dérivé de la progestérone aux propriétés antiandrogéniques (réduisant les effets de la testostérone, principale hormone sexuelle mâle). Il est prescrit chez la femme pour des maladies hormonales provoquant de l’hyperpilosité, chez l’homme dans certaines formes du cancer de la prostate. C’est du moins ce que prévoit son autorisation de mise sur le marché (AMM) ».
« Mais il est aussi beaucoup employé hors AMM (dans des cas d’endométriose, d’acné résistante aux traitements classiques et aussi, plus rarement, de transgenrisme). Selon l’ANSM, environ 80.000 femmes étaient concernées en 2017 en France, pays qui représente 60% du marché européen de l’Androcur », 
note le quotidien.

Libération explique que le médicament « démultiplierait le risque de méningiome, tumeur le plus souvent bénigne qui se développe à partir des membranes qui enveloppent le cerveau et la moelle épinière (les méninges). C’est ce qu’établit une étude de l’assurance maladie, menée en collaboration avec le service de neurochirurgie de l’hôpital Lariboisière (Paris) pendant 7 ans sur 250.000 femmes exposées au cyprotérone ».
Le journal constate que « l’émoi a été immédiat, étayé par les témoignages de victimes de méningiomes liés à l’Androcur. Et les interrogations de fuser : pourquoi ce médicament a-t-il continué à être prescrit largement alors qu’une première alerte a été émise dès 2009 ? Quid du principe de précaution ? Quid de la pharmacovigilance ? ».
« Les autorités françaises auraient-elles fait preuve de désinvolture ? Ou serait-ce Bayer ? Bref : est-on face à un nouveau scandale sanitaire ? Autant de questions qui devraient resurgir ce mardi, lors du point presse prévu par l’ANSM », 
note Libération.

Dans un long entretien, le Pr Sébastien Froelich, chef du service de neurochirurgie de l’hôpital Lariboisière, déclare : « L’inquiétude est légitime. Je comprends que, pour une patiente qui prend de l’Androcur, ces résultats soient un facteur d’anxiété. Parce que le risque n’est pas négligeable, et qu’il est probablement sous-estimé vu que nous n’avons pris en compte que les méningiomes opérés ».
« Maintenant, ce qu’il faut savoir, c’est que le risque de méningiome augmente avec la durée de traitement et selon le dosage. Par exemple, la pilule Diane 35, qui n’est plus utilisée, contenait comme l’Androcur de l’acétate de cyprotérone mais seulement 2 mg et, dans ma pratique, je n’ai pas noté de lien entre la prise de cette pilule et le méningiome. Le risque de méningiome sous Androcur survient à des doses plus élevées et, surtout, quand il est pris sur une longue période », 
précise le spécialiste.

Il ajoute : « Il faudrait probablement, pour des durées supérieures à 5 ans, faire une IRM de contrôle. Des recommandations précises seront prochainement discutées au cours de la réunion organisée début octobre par l’ANSM, qui rassemblera des endocrinologues, gynécologues, neurochirurgiens, experts de la Cnam… ».
Le Pr Froelich précise en outre que « le méningiome n’est pas un cancer. C’est une tumeur bénigne dans 70% à 80% des cas, et dans mon expérience, les méningiomes liés à l’acétate de cyprotérone sont toujours bénins. Je n’en ai jamais vu d’agressif. Dans la majorité des cas, il suffit d’arrêter [le médicament] pour que le méningiome se stabilise ou régresse. L’intervention chirurgicale est néanmoins parfois nécessaire, lorsque les symptômes sont sévères et importants ».

Il poursuit : « J’ai commencé à prendre connaissance d’un possible lien entre méningiome et l’acétate de cyprotérone en 2004. […] A partir de 2008, j’ai présenté nos observations dans des congrès de neurochirurgie, de médecine interne et d’endocrinologie. Les autorités sanitaires françaises ont alors pris connaissance du problème et alerté les autorités européennes en 2009, qui ont fait modifier la notice du médicament ».
« La Cnam ne dispose d’une base de données que depuis 2006, or les méningiomes liés à l’acétate de cyprotérone n’apparaissent qu’après un certain nombre d’années de traitement. Un recul était nécessaire pour qu’on puisse mettre en évidence un lien. Si l’étude avait été faite avant, nous n’aurions très probablement pas mis en évidence de risque ou un risque faible car nous n’aurions pas pu prendre en compte la durée d’exposition au traitement, qui s’avère déterminante 
», souligne le Pr Froelich.

Source : Libération

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