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Anémie et cancers : une complication très fréquente de la chimiothérapie

L’anémie est une complication très fréquente de la chimiothérapie au cours des cancers. Elle doit être anticipée et prise en compte car elle n’a pas seulement un impact sur la qualité de vie. Le suivi du traitement est directement impacté.

Selon une enquête américaine GlobalData, 89% des malades traités par chimiothérapie développent une anémie. C’est beaucoup plus que la neutropénie à laquelle on pense pourtant en premier lors d’une chimiothérapie et qui ne survient pourtant que dans 40% des cas.

Une fréquence qui augmente avec le nombre de cycles

L’anémie est définie par une baisse du taux d’hémoglobine au-dessous de 12 grammes par litre chez la femme et de 13 grammes par litre chez l’homme.
Même si l’anémie concerne tous les types de cancers, son incidence varie en fonction de la maladie et de son stade.
Les fréquences les plus élevées sont retrouvées chez les malades souffrant de cancer du poumon et de cancers gynécologiques, en particulier en cas de rechute ou de maladie persistante. La fréquence augmente aussi avec le nombre de chimiothérapies et elle double entre le 1er et le 5e cycle.

Les signes sont fonction de la sévérité

Le retentissement de cette anémie chimio-induite est fonction de la sévérité de l’anémie.
Si elle est légère (hémoglobine comprise entre 10 et 12 grammes par litre), les malades sont confrontés à une fatigue, une tachycardie, une baisse de la libido, une diminution de la perfusion tissulaire…
Si elle est modérée (hémoglobine comprise entre 8 et 10 grammes par litre), les malades se plaignent d’une fatigue importante, d’une tachycardie et de palpitations, d’une dyspnée d’effort, d’une diminution de la perfusion tissulaire avec une pâleur, d’une froideur et des difficultés de concentration, …
Si elle est sévère (hémoglobine inférieure à 8 grammes par litre), les malades sont confrontés à une fatigue proche de l’épuisement, une tachycardie et des palpitations, une dyspnée de repos, des étourdissements et des vertiges, une humeur dépressive, une décompensation cardiaque et rénale avec des œdèmes …

Dr Didier Mayeur au Congrès de l’AFSOS : « l’anémie est fréquente au cours des chimiothérapies et peut compromettre le traitement »

Des conséquences pour la chimiothérapie et la survie

Selon une étude rétrospective (Family L Cancer Res 2016) sur 3955 malades souffrant de différents cancers (sein, lymphome, poumon, colorectal…), le traitement de plus de la moitié des malades a été affecté par des réductions ou des reports de doses liées à l’anémie dès les premiers cycles de traitement. La proportion de chimiothérapie avec réduction ou report de dose augmente avec la sévérité de l’anémie observée lors du cycle précédent : de 24% après le premier cycle jusqu’à 63% en cas d’anémie sévère.
Ceci se traduit en termes de survie car le décalage ou la diminution des doses de chimiothérapies prévues dans le protocole entrainent une diminution de la dose-intensité relative (RDI) qui définit la quantité d’agent chimiothérapeutique délivrée par rapport à la dose prévue au protocole. Dans le lymphome non Hodgkinien, comme dans le cancer du côlon, une RDI de plus de 70% est associée à une meilleure survie à 5 ans par rapport à une RDI inférieure à 70% (la différence dépasse 15%).

De nombreuses anémies ne sont pas traitées

L’anémie chimio-induite reste sous-traitée avec, dans l’étude ECAS, plus de 6 malades anémiés sur 10 qui n’ont reçu aucun traitement.
L’anémie doit être anticipée, diagnostiquée et traitée de façon rigoureuse. La NFS et le bilan martial (ferritinémie et coefficient de saturation de la transferrine) doivent être systématiques afin de différencier les anémies par carence martiale, les anémies inflammatoires et les anémies cytotoxiques, sachant que les 3 sont souvent intriquées en pratique.
En plus de la supplémentation en fer, il existe 2 grandes options thérapeutiques pour corriger les anémies chimio-induites : les transfusions sanguines et les agents stimulant l’érythropoïèse. Les transfusions sont souvent favorisées et elles représentent une part très importante des transfusions en France, ce qui pose un problème en termes d’approvisionnement des banques du sang. De plus, le coût des transfusions n’est jamais pris en compte dans le traitement de la maladie alors que celui des agents stimulants de l’érythropoïèse l’est systématiquement. Les agents stimulant l’érythropoïèse sont en 2e intention selon les recommandations européennes chez les malades avec une espérance de vie prolongée du fait d’un risque théorique de progression de la maladie, un risque qui devient plus que théorique si l’anémie est anticipée ce qui permet d’éviter des doses trop fortes.
Le seuil d’intervention dépend de l’état général du malade et des maladies associées (une maladie coronaire impose un seuil d’intervention dès 10 g d’Hb/l, alors que l’on peut attendre 9 g/l sinon). Il faut traiter pour atteindre un objectif d’au moins 12 g par litre d’hémoglobine.

L’anémie représente un problème sous-estimés au cours des chimiothérapies des cancers. Elle peut même compromettre l’efficacité de la chimiothérapie et obérer la survie. De cause non univoque, elle doit être anticipée et, sinon, elle doit être prise en charge le plus tôt possible selon des modalités qui se discutent au cas par cas.

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