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Démence, dépression et antidépresseurs : les liaisons dangereuses ?

Les relations entre états dépressifs et démences sont complexes en particulier chez les personnes diabétiques où la prévalence des démences est significativement majorée. Un déficit des fonctions cognitives peut en effet prendre initialement le masque d’une dépression ce qui modifie les objectifs de prise en charge et le mode de traitement notamment par l’utilisation des antidépresseurs.
La question des effets secondaires de ces médicaments sur les fonctions mnésiques a été également soulevée.

Cette étude mono-centrique, rétrospective et observationnelle s’est attachée à déterminer si la durée de l’utilisation des antidépresseurs chez des anciens combattants âgés de plus de 65 ans et présentant des antécédents dépressifs influait sur l’apparition d’un état démentiel.
alternative-medicamentsLes antécédents de dépression, la durée et la nature des antidépresseurs prescrits depuis 1998, ainsi que le diagnostic de la démence et les affections concomitantes ont été recueillis. Parmi les 1547 dossiers examinés, 605 répondaient aux critères d’inclusion mais 128 ont été exclus sur la base de l’existence de comorbidités psychiatriques.
Au sein de cette cohorte de 477 sujets, 41 ont développé une démence. Trente-sept d’entre eux ont été appariés selon l’âge, les maladies cardiovasculaires, le diabète sucré et l’utilisation des médicaments à des personnes souffrant de dépression mais ne présentant pas de démence.

Il n’y avait pas de différences entre les groupes avec et sans démence en ce qui concerne, les différents types de psychotropes – antidépresseurs, benzodiazépine ou antipsychotiques. La durée médiane de l’utilisation des antidépresseurs était de 891 jours dans le groupe avec la démence et de 1979 jours dans le groupe sans déficit cognitif.
Ainsi, les patients âgés souffrant de dépression qui ont développé une démence ont été traités avec des antidépresseurs pendant une durée beaucoup plus courte que les sujets appariés qui n’ont pas développé de syndrome démentiel.

Cette étude mono-centrique et rétrospective, portant sur un petit nombre de patients, a pour principal mérite de plaider pour l’absence d’effet néfaste à long terme de la prescription d’antidépresseurs sur l’apparition d’une démence.
La reconnaissance d’un syndrome dépressif, si fréquent chez les personnes âgées et notamment chez les patients diabétiques ne doit pas être confondu avec une démence débutante. Toutefois, la coexistence d’une démence débutante et d’un syndrome dépressif est loin d’être exceptionnel ce qui complique encore l’appréciation du tableau clinique.
Quoi qu’il en soit, la prescription d’un antidépresseur, lorsque son indication est bien posée, ne doit donc pas être limitée par la crainte d’un effet négatif sur les fonctions cognitives.

Par le Pr Bernard Bauduceau (HIA Bégin – Saint-Mandé) [Déclaration de liens d’intérêts]
Article commenté :
Antidepressant Exposure and Risk of Dementia in Older Adults with Major Depressive Disorder.
Brodrick JE, Mathys ML.
J Am Geriatr Soc. 2016 Nov 1. doi: 10.1111/jgs.

**Retrouvez l’abstract en ligne**

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