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EPO dopage… un mirage ?

L’érythropoïétine recombinante humaine « médicament » a complètement révolutionné, en corrigeant leur anémie, la qualité de vie et le pronostic des patients en particulier ceux atteints de maladie rénale chronique.
La capacité de cette protéine recombinante d’augmenter la masse des globules rouges a immédiatement attiré l’attention des sportifs, notamment des cyclistes, qui l’ont utilisée dans le but d’améliorer leurs performances.
En effet l’érythropoïétine recombinante humaine (rHuEPO) a été très largement utilisée comme dopage dans le cyclisme, si bien qu’on a donné parfois au Tour de France le nom de « Tour du dopage ».
Plusieurs équipes ont été suspectées, pour certaines le dopage a été prouvé, et tout le monde se souvient de Lance Armstrong, vainqueur de 7 Tours de France consécutifs, qui a été suspendu à vie par l’agence antidopage américaine après les témoignages de ses coéquipiers…
L’érythropoïétine recombinante humaine de première génération, les érythropoïétines recombinantes de deuxième génération et tous les autres agents stimulant l’érythropoïèse ont été inscrits par le comité national olympique sur la liste des substances prohibées.

Mais quel est le réel rapport bénéfice/risque de la prise de rHuEPO ?

Une équipe néerlandaise (passionnée de vélo !) du centre de recherche sur les médicaments a effectué une revue systématique de la littérature traitant de l’intérêt de la rHuEPO et de son efficacité pour augmenter les performances chez les cyclistes.
Les études publiées sont peu nombreuses. Elles ont toutes été effectuées sur une population de cyclistes peu entrainés, sans groupe témoin ou bien les essais n’étaient pas menés à l’aveugle, ce qui laisse la possibilité d’un effet placebo. De plus l’extrapolation de ces études à une population de cyclistes d’élite est sûrement hasardeuse.
Au total, les données disponibles dans  la littérature ne sont pas assez robustes pour conclure que la rHuEPO augmente les performances des sportifs de haut niveau. D’autres études plus approfondies devraient être conduites pour apprécier ses effets dans des conditions aussi proches que possible de celles des cyclistes de compétition.

Par ailleurs les articles publiés ne se sont pas intéressés aux effets secondaires néfastes de la rHuEPO :
L’augmentation de la masse des globules rouges entraine une augmentation de la viscosité sanguine. On note aussi une activation endothéliale et une augmentation de la réactivité des plaquettes lors du traitement par rHuEPO. Tout ceci se conjugue avec la réduction du volume plasmatique au cours de l’exercice intensif, dû principalement à la déshydratation, pouvant induire des thromboses chez les athlètes abusant de l’érythropoïétine.
On connait bien les conséquences dramatiques de l’utilisation de l’érythropoïétine juste après sa mise sur le marché chez les cyclistes professionnels avec des pelotons décimés par des thromboses.
De plus l’augmentation de l’hématocrite s’accompagne-t-elle d’une meilleure oxygénation tissulaire ? Quelle conséquence sur la performance ? Ceci reste une question. En effet, l’augmentation de l’hématocrite accroît la viscosité sanguine ce qui réduit le flux sanguin, augmente le travail cardiaque. Il n’est pas évident que l’oxygénation tissulaire soit meilleure et que les performances soient améliorées.

Au total, l’utilisation de l’érythropoïétine recombinante chez les cyclistes est très « populaire » mais cette pratique n’est pas supportée scientifiquement par une évidence. Il ressort de cet article que les athlètes risquent leur carrière et leur santé en utilisant de façon irrationnelle l’érythropoïétine. Sans réelles preuves de l’amélioration de la performance. Et en mettant leur vie en danger.
Un essai bien contrôlé chez des athlètes en conditions de vie réelle donnerait une bonne indication des avantages et des risques de l’érythropoïétine mais c’est une hyper simplification. Il est illusoire de penser que ceci pourrait éradiquer l’utilisation de l’érythropoïétine même si aucun bénéfice et une augmentation éventuelle des risques étaient constatés…

Article commenté :
Erythropoietin doping in cycling: lack of evidence for efficacy and a negative risk-benefit
Heuberger JA, Cohen Tervaert JM, Schepers FM et al.
Br J Clin Pharmacol. 2013 ; 75(6):1406-21.

**Retrouvez l’abstract en ligne

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