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Hyperuricémie asymptomatique: Ne doit sans doute pas être traitée. L’apport d’une étude génomique

Certaines études observationnelles ont mis en évidence un lien entre le niveau d’acide urique sanguin et le risque de maladie rénale chronique (MRC). Cependant, la causalité n’a jamais été démontrée et ce résultat est soumis à de multiples facteurs de confusions.
Pourtant, l’utilisation d’inhibiteurs de xanthine oxydase (allopurinol) pour diminuer le risque de progression de la MRC en cas d’hyperuricémie est parfois discutée.
Récemment, un essai japonais a mis en évidence que l’utilisation du febuxostat ne faisait pas mieux que le placebo pour ralentir la progression de la MRC en cas d’hyperuricémie asymptomatique. 

Ici les auteurs proposent une étude de randomisation mendélienne. Le principe est le suivant : évaluer l’impact de l’exposition (hyperuricémie) sur le risque de MRC.
Pour neutraliser les éventuels facteurs de confusions, il est possible d’étudier le lien entre des variants génétiques démontrés comme impliqués dans l’hyperuricémie (déterminés à la naissance, et donc indépendants de tous facteurs de confusions comme la pauvreté, les troubles métaboliques surajoutés, le tabac…) et le risque de progression de la maladie rénale chronique.

C’est cette méthodologie qui a ici été conduite. En recensant 26 variants génétiques (SNV) fortement associés à l’hyperuricémie dans des études de type GWA (Genome Wide Association) en population européenne (cohorte de 110.000 personnes), les auteurs démontrent ici qu’il n’existe aucun lien entre ces variants et le risque de MRC (définie par un DFGe<60ml/min) ou le DFGe reparti en classes (tableau 1).
Ces variants sont cependant fortement associés au risque de goutte, ce qui confirme le bon déroulement méthodologique de l’étude et le contrôle positif de cette étude. Et lorsque l’étude dans cette même cohorte est menée de façon plus classique, un lien épidémiologique entre hyperuricémie et maladie rénale chronique est aussi retrouvé (tableau 2).

En utilisant 7 modes différents de « randomisations mendéliennes », les auteurs ne retrouvent aucun lien entre les variants génétiques associés à l’hyperuricémie et la MRC. Cette étude montre que le lien entre hyperuricémie et maladie rénale chronique retrouvé dans les études observationnelles était vraisemblablement secondaire à des facteurs de confusions.
La génétique des populations est très liée aux origines, ici la population d’étude était une population européenne, rendant difficile l’extrapolation de ces résultats à d’autres populations.
De plus, l’absence de causalité entre hyperuricémie et MRC ne démontre pas l’inefficacité d’une intervention thérapeutique pour ralentir la progression de la MRC en cas d’hyperuricémie chez un insuffisant rénal.

Ce travail va cependant dans le sens de l’absence de causalité entre hyperuricémie et maladie rénale chronique et n’encourage pas à traiter des patients présentant une hyperuricémie asymptomatique.

 

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