Actu.médicalesInféctiologieMédecine Générale

Les bactéries résistantes tueront-elles bientôt 10 millions de personnes par an ?

Le Figaro, qui fait savoir qu’« un rapport britannique […] annonce la mort de millions de personnes si aucune mesure n’est prise pour lutter contre le développement des bactéries multi-résistantes aux antibiotiques ».
Le journal indique ainsi qu’« un rapport du gouvernement britannique publié le 19 mai estime que d’ici 2050, 10 millions de personnes mourront chaque année des suites d’une infection à bactéries résistantes, soit plus que le cancer aujourd’hui. A moins qu’une action soit amorcée à l’échelle du globe afin d’endiguer ce fléau ».
Le quotidien souligne que « les antibiotiques, qui ont sauvé des millions de vie tout au long du 20ème siècle, sont de moins en moins efficaces à mesure qu’on les utilise de façon excessive. Ils pourraient même devenir totalement impuissants face aux bactéries pathogènes qui nous assaillent. En conséquence, des infections mineures, telle qu’une infection urinaire, pourraient se transformer en septicémies, et des actes médicaux requérant des antibiotiques, comme une greffe, une chimiothérapie ou une opération cardiaque, pourraient devenir trop risqués à réaliser ».
Antoine Andremont, directeur du laboratoire de bactériologie de l’hôpital Bichat à Paris, remarque ainsi que « nous sommes dans une période de rupture dont la gravité nous échappe encore. Pour le moment, nous disposons presque toujours d’au moins un antibiotique qui fonctionne. Mais il arrive désormais qu’un patient souffre d’une infection résistante à tous les antibiotiques dont nous disposons. Il est alors très difficile de le soigner ».
Le Figaro rappelle qu’« une première estimation de l’Institut national de veille sanitaire indiquait que 158.000 personnes ont contracté une infection à bactéries multi-résistantes […] en 2012 en France, dont 12.500 sont décédées ».
Le journal s’interroge : « Mais d’où viennent donc ces bactéries résistantes aux antibiotiques ? », et cite Yves Millemann, enseignant-chercheur de l’Ecole Nationale Vétérinaire d’Alfort spécialisé dans les questions de résistance bactérienne : « La résistance aux antibiotiques existait dans la nature bien avant que l’homme ne découvre les antibiotiques. […] Une bactérie qui produit un antibiotique contre d’autres bactéries peut donc posséder un gène de résistance contre cet antibiotique, afin qu’elle ne s’intoxique pas avec son propre poison ».
Le Figaro note en effet que « les antibiotiques […] sont produits dans la nature par des micro-organismes tels que les champignons ou les bactéries elles-mêmes ! […] Et les bactéries, invisibles mais très évolutives, coopèrent entre elles pour s’échanger les gènes qui les protègent ».

SEM of Streptococcus pyrogens bacteria,causes sore throat x2,000
SEM of Streptococcus pyrogens bacteria,causes sore throat x2,000

« Avec l’utilisation abusive d’antibiotiques, tant dans l’élevage animal que dans la médecine humaine, une pression de sélection s’est installée. En contact avec des antibiotiques, les bactéries possédant un ou plusieurs gènes de résistance ont été sélectionnées et ont prospéré au détriment de celles qui ne possédaient pas le précieux gène », continue le journal.
Le quotidien ajoute que « les bactéries multi-résistantes ne connaissent pas de frontières. De l’élevage animal, elles voyagent allégrement parmi l’eau, les boues d’épuration, le fumier, et se retrouvent donc logiquement dans nos assiettes ».
« Cependant, cela ne signifie pas pour autant qu’il faut cesser d’avaler tout ce qui n’est pas passé par un stérilisateur : en effet, même si ces bactéries ont acquis le gène de résistance, cela ne signifie pas qu’elles sont pathogènes (dangereuses) pour nous. D’ailleurs, notre propre consommation d’antibiotiques (143 millions de boîtes chaque année !) ne nous met pas à l’abri du développement d’une résistance au sein même de nos hôpitaux 
», poursuit Le Figaro.
Le journal note enfin que « les scientifiques se sont aperçus que la résistance aux antibiotiques est en fait souvent réversible dans les populations bactériennes ». Yves Millemann indique qu’« un gène de résistance à un antibiotique, c’est un peu comme un sac à dos rempli de cailloux. Quand elle est porteuse de ce gène, la bactérie est généralement ralentie et se multiplie moins vite. Donc quand elle n’est plus en contact avec l’antibiotique, elle est désavantagée et cherche à se débarrasser du gène ».
« Encore faut-il que la consommation d’antibiotiques diminue. Pour cela, le rapport britannique préconise plusieurs mesures : des campagnes d’information sur l’antibiorésistance à destination du grand public, le développement de nouveaux antibiotiques (aucun nouvel antibiotique avec nouveau mécanisme d’action n’a été développé depuis 20 ans), et un usage contrôlé des antibiotiques chez l’homme et l’animal, grâce à l’essor des tests diagnostiques »
, conclut Le Figaro.

[adning id="56586"]
Bouton retour en haut de la page
X