Actu.médicalesHématologie

Les plaquettes: une action antiparasitaire sur les principales espèces de Plasmodium responsables et des accès palustres humains

Les plaquettes sont des acteurs importants de l’hémostase, mais elles peuvent également intervenir dans la réponse immunitaire et jouer un rôle protecteur contre les maladies infectieuses. Les thrombopénies sont souvent associées à un mauvais pronostic et un risque augmenté en cas d’infection.

Le paludisme tue plus de 400.000 personnes chaque année. Les thrombopénies sont fréquentes lors des accès palustres et représentent un facteur de risque de mortalité. Les mécanismes conduisant à la thrombopénie ne sont cependant pas complètement compris.
Des arguments indirects suggèrent que les plaquettes pourraient contribuer à la protection contre le paludisme. À ce jour, aucune étude clinique ne s’est intéressée à l’implication des plaquettes dans l’éradication de Plasmodium falciparum ou des autres espèces de Plasmodiumpathogènes chez l’humain.

Les patients de l’étude ont été recrutés en Papouasie et en Malaisie de 2012 à 2016. Le critère principal d’inclusion étant la survenue d’un accès palustre, avec un frottis sanguin positif pour une infection à Plasmodium.
Les auteurs se sont intéressés dans leurs recherches aux capacités des plaquettes à se lier aux globules rouges infectés ou non infectés, à la capacité des plaquettes à exercer une action antiparasitaire, à l’activation des plaquettes, ils ont également réalisé un modèle de culture de Plasmodium in vitro pour étudier la cytotoxicité et confirmer leur hypothèse.

376 patients atteints de paludisme ont été recrutés pendant la période couverte par l’étude, dans plus de 90% des cas il s’agissait d’accès non grave. L’analyse cytométrique montre que les plaquettes se fixent et forment des complexes stables avec les hématies avec une préférence pour les hématies parasitées. Ces complexes représenteraient une large proportion des plaquettes totales.
Concernant l’activité antiparasitaire des plaquettes, les trophozoïtes de Plasmodium accumulent du PF4 (facteur 4 plaquettaire) entraînant un mécanisme de mort intra-érythrocytaire et cela indépendamment de l’espèce du Plasmodium. Cette accumulation de PF4 n’est parallèlement pas associée à une activation plaquettaire.
Enfin, le modèle de culture parasitaire in vitro retrouve dans des conditions bien définies que les plaquettes ont une activité antiparasitaire sur les stades asexués de Plasmodium avec un mécanisme faisant intervenir l’adhésion des plaquettes aux hématies et l’action cytotoxique du PF4.

Cette étude est une première du genre, elle montre que les plaquettes peuvent être directement responsables d’une activité antiparasitaire. Cet effet a été retrouvé pour les différentes espèces de Plasmodium. Les complexes plaquettes-hématies pourraient avoir un rôle dans la thrombopénie fréquemment retrouvée lors des accès palustres.
Cette étude ouvre donc de nouvelles perspectives sur les rôles joués par les plaquettes en dévoilant une action antiparasitaire directe et en démontrant ainsi une participation à l’immunité innée.

Article commenté :
Platelets kill circulating parasites of all major Plasmodium species in human malaria.
Kho S, Barber BE, Johar E et al.
Blood. 2018 ; 132(12):1332-1344.

** Retrouvez l’abstract en ligne

Bouton retour en haut de la page
X