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Les stéréotypes de genre jouent sur l’attitude des médecins comme des patients

L’Obs remarque en effet qu’« en matière de santé, les hommes et les femmes ne sont pas logés à la même enseigne. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : selon l’Insee, un garçon né en 2016 peut compter vivre 79 ans, quand une fille peut atteindre 85 ans. Pour autant, si les femmes vivent plus longtemps que les hommes, elles passeraient plus d’années qu’eux en mauvaise santé ».
« Une différence que les facteurs biologiques ne peuvent à eux seuls justifier, souligne finement Catherine Vidal, neurobiologiste et membre du comité d’éthique de l’Inserm. Dans un livre intitulé “Femmes et santé, encore une affaires d’hommes ?” qu’elle cosigne avec l’historienne Murielle Salle, la chercheuse explique en quoi les stéréotypes de genre influencent le monde médical et conduisent ainsi à des situations d’inégalité », 
fait savoir le magazine.
Dans un entretien, Catherine Vidal évoque « la précarité économique. Il faut quand même rappeler que 70% des travailleurs pauvres sont des femmes [chiffres de l’Insee, NDLR]. Elles ont des petites retraites, vivent souvent seules ou dans des familles monoparentales… Face à cette précarité, les femmes vont plus facilement renoncer aux soins ».
« Cela peut aussi s’accompagner d’une mauvaise hygiène de vie, d’une consommation d’alcool, du surpoids. Ajoutez à cela le fait que les femmes sont les premières victimes de violences et d’agressions sexuelles. Ces violences se répercutent sur leur santé morale et physique. Enfin, il y a le poids des stéréotypes de genre qui influencent encore nos pratiques médicales et la recherche », 
observe la neurobiologiste.
Elle souligne qu’« historiquement les femmes sont plus attentives sur le plan de leur santé reproductive. Elles s’occupent aussi souvent de la santé des enfants. Elles ont donc moins de réticences à aller consulter que beaucoup d’hommes. Mais le recours va être différent selon l’âge : une personne avec des enfants en bas âge va être plus souvent en interaction avec le monde médical. Cela sera moins fréquent par la suite ».
Catherine Vidal note en outre : « Il y a des différences biologiques entre les hommes et les femmes, certes. Mais aussi des inégalités dans la prise en charge médicale et dans l’accès aux soins. Ces inégalités sont liées à des facteurs culturels et sociaux. Les stéréotypes liés au genre féminin ou masculin jouent sur l’attitude des médecins, comme des patients. Par exemple l’infarctus du myocarde reste sous-diagnostiqué chez les femmes car on considère que c’est une maladie d’homme stressé au travail ».
La spécialiste précise que « les hommes sont sous-diagnostiqués pour l’ostéoporose parce qu’elle est encore perçue comme une pathologie de femmes ménopausées. Pourtant un tiers des fractures de la hanche chez les hommes est liée à l’ostéoporose. On le voit aussi dans le cas de la dépression. Les symptômes classiques (pleurs, fatigue, tristesse, anxiété…), sont davantage exprimés par les femmes, à l’inverse des hommes qui sont censés être durs et stoïques ».
Et à la question « Comment promouvoir une médecine plus égalitaire ? », Catherine Vidal répond : « Il faut d’abord sensibiliser les étudiants en médecine, faire de la formation continue pour les médecins tout au long de leur carrière et alerter aussi les patients. L’idée c’est d’apprendre aux femmes à faire contrôler leur cœur et d’apprendre aux hommes à faire contrôler leur squelette ! On ne doit plus se focaliser de façon exclusive sur la notion de biologie mais repenser le genre dans la santé ».

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