Actu.médicalesDiabétologie

L’hyperglycémie s’accompagne-t-elle d’une diminution du risque de cancer de la prostate ?

Un grand nombre d’études épidémiologiques ont mis en évidence une majoration du risque de cancer chez les patients diabétiques. Le foie, le pancréas et les reins sont les organes les plus souvent concernés. Ce fait a été attribué pour partie à l’élévation de l’insulinémie en rapport avec l’insulinorésistance. Le rôle néfaste de l’insulinothérapie a par la suite fait l’objet d’une polémique qui s’est aujourd’hui heureusement éteinte. Certains travaux suggèrent que l’hyperglycémie chronique serait un facteur favorisant la survenue des cancers, chaque élévation de 1 mmol de la glycémie majorant de 10 à 20 % le risque de cancer dans les 2 sexes à l’exception de ceux de la sphère génitale, y compris du sein chez les femmes.

Chez l’homme, le carcinome de la prostate est le plus fréquent des cancers et se situe à la 3e place des causes de décès par tumeurs malignes. En raison de la prévalence nettement plus élevée de ce cancer dans les pays occidentaux, un rôle favorisant du mode de vie a été suggéré. Dans ce contexte, la diminution des cas de cancers de la prostate au cours du diabète qui a déjà été largement signalée, semble paradoxale et pose la question du mécanisme de cette surprenante protection qui serait de 12 % dans une métaanalyse récente portant sur une série de 56 études de cohorte.

Cet article s’est attaché à évaluer les relations entre le niveau de la glycémie à jeun ou estimée à partir de l’HbA1c et le risque de cancer de la prostate dans une large analyse de la littérature incluant des études de cohortes et des enquêtes cas-témoins regroupant un total de 1 214 947 sujets et de 12 494 cas de cancer de la prostate. Une seule étude incluait uniquement des patients présentant un diabète de type 2. Le risque relatif de cancer de la prostate pour la catégorie de patients dont la glycémie à jeun était la plus élevée, supérieure à 100 mg/dl, par rapport à celle dont cette glycémie de situait en dessous de ce seuil était de 0,88 (IC95% : 0,78-0,98). Dans deux études, l’utilisation d’une valeur seuil de la glycémie de 110 mg/dl n’a pas modifié ces observations.

Cependant, une augmentation de 10 mg/dl du taux de glycémie à jeun n’était pas associée à une diminution linéaire du risque de cancer de la prostate (0,98, IC95% : 0,96 à 1,00). Lorsque l’analyse a été limitée aux seules études de cohorte, une association significative entre un niveau de glycémie plus élevé et une protection contre le cancer de la prostate a été constatée, mais uniquement chez les patients ayant une durée de suivi de plus de 12 ans. Les résultats de la présente enquête suggèrent ainsi que les niveaux plus élevés de glycémie à jeun sont associés à long terme à un risque plus faible de cancer de la prostate. Le risque de cancer demeurait relativement inchangé dans la fourchette normale de la glycémie à jeun (de 70 à 100 mg/dl).

En revanche, le risque diminuait ensuite de manière constante au stade de prédiabète et de diabète. Plusieurs métaanalyses antérieures avaient mis en évidence une protection vis-à-vis du cancer de la prostate chez les patients diabétiques de type 2 avec des chiffres allant de 9 % à 16 %. Les analyses de sous-groupes en fonction de la durée du diabète indiquaient que cette protection apparaissait plus de 10 ans après le diagnostic de DT2, une exposition plus courte au diabète étant associée à un risque plus important mais non significatif. Les mécanismes impliqués dans cette association entre niveau glycémique et cancer de la prostate ainsi que les variations constatées en fonction du temps de suivi sont encore mal compris. Les effets protecteurs du diabète de type 2 vis-à-vis de ce cancer ont été attribués à une plus faible concentration sérique et à une diminution de l’activité de l’IGF-1 chez les patients dont l’ancienneté de la maladie est importante.

Une autre hypothèse se fonde sur le taux de l’insulinémie qui est élevée en raison de l’insulinorésistance au début de l’histoire évolutive du diabète de type 2. Lors de la progression du diabète de type 2, l’insulinémie diminue expliquant l’inversion du processus et la protection face au cancer. Toutefois, cette explication cadre mal avec l’augmentation des autres cancers au cours du diabète, en dehors du cas du cancer du foie rattaché pour une large part à la NASH qui touche un grand nombre de patients diabétiques de type 2. La diminution des taux de testostérone au fil des années au cours du diabète pourrait être également une explication à la moindre fréquence du cancer de la prostate. En effet, l’hormone mâle favorise le développement des cellules cancéreuses fréquemment retrouvées au sein de la prostate.

Cette analyse qui s’inscrit en faveur d’une association inverse à long terme entre le niveau glycémique et le risque de cancer de la prostate, présente d’évidentes limites en raison de la variabilité de la glycémie à jeun et de l’hétérogénéité des résultats dans les différents types d’étude. Si la fréquence des cancers de la prostate est moindre chez les patients diabétiques, l’implication du rôle de l’élévation de la glycémie reste imprécise et ne doit naturellement pas conduire à un laxisme dans le contrôle du diabète.

Bouton retour en haut de la page
X