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Mauvaises perceptions et maladie de Parkinson

Les patients souffrant de maladie de Parkinson souffrent souvent d’une variété de mauvaises perceptions et sont eux-mêmes souvent mal perçus. De mauvaises perceptions peuvent être dues à l’interprétation anormale d’un stimulus ou bien même à l’absence totale de perception de ce stimulus.
Beaucoup de mauvaises perceptions apparaissent chez les sujets normaux, mais leur sévérité, leur nature stéréotypé et leur prévalence augmentent chez des patients atteints de la maladie de Parkinson par rapport à des sujets témoins sains appariés, suggérant qu’elles font partie même du développement de la maladie.

Cet article se focalise sur différents troubles communs apparaissant dans la maladie et qui causent souvent des difficultés pour le patient et sa famille en raison du manque de reconnaissance de ces troubles dans la maladie elle-même. Explorons rapidement quelques-uns de ces troubles.

– Premièrement, concernant les perceptions par les autres. La maladie de Parkinson est une maladie assez stigmatisante. Dans la littérature, il est rapporté que les patients souffrant de maladie de Parkinson sont souvent vus comme faibles, infirmes, déprimés, sombres, introvertis et affaiblis sur le plan cognitif.
Or, il apparait que la plupart de ces jugements sont basés sur l’apparence et qu’ils sont incorrects. La façon dont les patients réagissent à ces biais, inconnus pour eux, n’a pas encore été étudiée.
– Deuxièmement, concernant les erreurs de perception de sa propre personne. Les patients se perçoivent souvent comme faibles. Cependant les tests cliniques de routine ne révèlent que rarement une faiblesse par rapport à des sujets contrôles appariés. Si elle existe, elle est faible, et non liée uniquement à la maladie de Parkinson.
Dans ce domaine, on peut supposer que la sensation de perte de contrôle est perçue par le patient comme de la faiblesse.
– Troisièmement, concernant les distorsions de sensations primaires, l’olfaction est touchée de façon précoce dans la maladie de Parkinson. Le goût est également affecté lors du développement de la maladie.
Des travaux se penchent actuellement sur les diminutions des sensations olfactives et gustatives telles que perçues par les patients.
– Quatrièmement, concernant les troubles visuospatiaux. La vision est souvent affectée dans la maladie de Parkinson, mais souvent de façon infraclinique. Des troubles sont souvent identifiés dans une tâche de dessin d’une horloge.
Dans une étude non répliquée pour le moment, des capacités moindres des patients ont été démontrées dans leur capacité de « blindsight », c’est-à-dire la capacité des sujets sains de détecter où un stimulus a été présenté alors qu’il n’a pas été reconnu de façon consciente.

Une étude dans laquelle on demandait aux patients et sujets témoins de pointer les restaurants et les panneaux de circulation le long d’une route à 4 voies a montré une réduction des patients dans leur capacité à percevoir leur environnement.
– Cinquièmement, des troubles de la parole ne sont pas rares dans la maladie de Parkinson, impliquant notamment des difficultés dans l’écoute. Les troubles du langage incluent l’hypotonie, une réduction de l’articulation des mots, de la prosodie. Une des raisons pourrait être la mauvaise perception de l’intensité avec laquelle les patients parlent.
– Sixièmement, concernant le domaine moteur. La bradykinésie est un des aspects majeurs de la magie. L’auteur de cet article note qu’alors que les patients bougent clairement leurs membres moins que les autres, ce n’est pas perçu par eux et rarement par leur famille et/ou leurs amis.
Par ailleurs, on observe souvent une réduction des clignements d’yeux dans la maladie, non notée la plupart du temps par les patients alors qu’ils perçoivent parfois une sécheresse de leurs yeux.
– Septièmement, concernant les dyskinésies. Il est bien connu que les patients ayant des mouvement choréïformes sous-estiment leur sévérité, et même parfois leur présence.
– Huitièmement, concernant le centre de gravité et l’orientation dans l’espace. Il n’est pas rare que les patients ayant des troubles du pas ou de l’équilibre résistent aux tentatives de les placer debout de peur de tomber.
– Neuvièmement, concernant l’inclinaison latérale. Les patients s’inclinent souvent d’un côté. Certains patients en trouvent pas cette position inconfortable et peuvent même ne pas réaliser cette inclinaison. Cela pourrait être dû à une perception anormale de la verticalité, mais aussi à une incapacité des patients à percevoir leur centre de gravité.
– Dixièmement, concernant les émotions. Il y a de nombreuses façons dont les émotions sont affectées dans la maladie de Parkinson. Quelques exemples d’altération : la difficulté à reconnaitre des expressions faciales de tristesse ou de dégoût, des réactions moindres en réponse à des images averses mais non liées à la dépression ou aux bradykinésies, des troubles dans la reconnaissance des expressions émotionnelles dans la parole en particulier pour la reconnaissance des expressions négatives, l’incapacité à interpréter ses propres émotions.
– Onzièmement, concernant les troubles compulsifs. Beaucoup de patients atteints des troubles du contrôle de l’impulsivité ne les reconnaissant pas ou les minimisent, comme dans le cas du jeu pathologique ou de l’addiction.

En conclusion, le concept de mauvaise perception est complexe. Différentes personnes peuvent percevoir le même stimulus de différentes façons. L’importance clinique de reconnaitre ces mauvaises perceptions repose sur une meilleure compréhension des limitations du patient par l’équipe soignante, incluant aussi la famille.

Article commenté :
Misperceptions and Parkinson’s disease.
Friedman JH
J Neurol Sci. 2017 ; 374:42-46.

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