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Prévention de la lithiase : boire ou souffrir ?

Une diurèse insuffisante est un facteur de risque de récidive de lithiase. Cela est bien reconnu, voire évident, bien que les études de cohortes au long cours montrent que l’objectif n’est pas toujours atteint, et que nombre de récidives pourraient être évitées par une bonne information/éducation du patient.
Dans la population générale n’ayant pas à priori de facteurs de risques, est-ce que boire plus (et quoi ?) protège d’un premier épisode de lithiase ? En effet s’il est bien connu que l’incidence de la lithiase croît avec la modification des habitudes alimentaires vers une alimentation de type « western-diet », seules quelques études sur de faibles cohortes avaient été réalisées en prévention primaire sur l’intérêt d’augmenter et/ou varier ses boissons.

La UK-Biobank est une étude de cohorte destinée à évaluer les facteurs de risque d’apparition de maladie chronique en Angleterre, Ecosse et Pays de Galles. Entre 2006 et 2010, 500.000 sujets ont participé.
A l’inclusion, un questionnaire de fréquence de consommation des principaux nutriments est rempli sur internet. En particulier le type de boissons est recueilli. Pour 188.000 sujets, le questionnaire est complété par un questionnaire validé de fréquence de consommation (OxfordWebQ).
Une analyse de variabilité entre les 2 questionnaires a été réalisée. Les données démographiques et médicales sont notées à l’inclusion ainsi que la supplémentation calcique éventuelle.
Au cours du suivi, la base de données est connectée au système de santé, permettant pour chaque sujet de connaître tous les événements ayant donné lieu à une intervention ou une hospitalisation ; dans cette analyse, les sujets ayant une lithiase diagnostiquée et/ou une crise de colique néphrétique et/ou une extraction.  A partir des 502.000 sujets initiaux, ceux ayant déjà eu une maladie lithiasique (7.100) sont exclus, ainsi que les dossiers médicaux incomplets et les patients au cours des 5 dernières années qui ont eu à suivre un régime particulier.
Au total, 439.000 sujets sont inclus. Une première analyse porte sur les facteurs démographiques et sociaux, une seconde analyse multifactorielle explore les variables nutritionnelles, avec ajustement pour les facteurs influençants (sexe, âge, catégories sociales). L’inclusion varie de 2006 à 2010. L’analyse est censurée à mars 2015.

Deux mille cinquante-sept patients ont présenté un premier épisode de lithiase. Il existe une influence modérée des différents facteurs comme l’âge (57.1 ans vs 56.5), le BMI plus élevé, un niveau socio-culturel plus faible ou le sexe mâle. L’apport total de liquide est associé à un risque plus faible, de 50% entre un apport proche de 1,1 L et plus de 2 litres (Figure 1).
L’analyse en fonction du type de boissons montre que le café et l’alcool sont associés à un risque beaucoup plus faible que l’eau. Cette constatation serait en relation avec les effets associés à certaines boissons, notamment diurétiques (Figure 2).
La surconsommation de viande est associée à un risque plus élevé, ainsi que la consommation de sel, pas le poisson. La consommation de fibres et de fruits est associée à un risque plus faible (Figure 3). La consommation de fromages n’a pas d’impact.

La typologie de l’étude ne permet pas d’explorer d’autres facteurs mis en évidence dans la prévention de la récidive comme le type de boissons sucrés/gazeuses/sweet ou les régimes de type DAHS ou Med-Diet. L’intérêt réside dans le nombre de sujets, d’années d’observations et la liaison au système de santé qui autorise un diagnostic précis.
De nombreuses études sortent actuellement sur l’intérêt de régime plus « healthy » dans la prévention de la maladie chronique. Il en est de même dans la lithiase : moins de viandes, plus de fruits, plus de fibres et… plus de boissons… de tout type !

Figure 1. Relation quantités de boissons/risque de lithiase

 

Figure 2. Réduction du risque en fonction de la quantité consommée/type de boissons

 

Figure 3. Apports en fruits et fibres et risque de lithiase

Article commenté :
Fluid Intake and Dietary Factors and the Risk of Incident Kidney Stones in UK Biobank: A Population-based Prospective Cohort Study.
Littlejohns TJ, Neal NL, Bradbury KE et al.
European Urology Focus 2019 :1-10.

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