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Sulfonylurées : attention danger hypoglycémique !

Par le Pr Bernard Bauduceau (HIA Bégin – Saint-Mandé)
Article commenté :
Risk of severe hypoglycemia in sulfonylurea-treated patients from diabetes centers in Germany/Austria: How big is the problem? Which patients are at risk?
Schloot NC, Haupt A, Schütt M et al.
Diabetes Metab Res Rev 2016 ; 32 :316-24.

**Retrouvez l’abstract en ligne

La responsabilité des sulfamides hypoglycémiants dans la survenue des hypoglycémies sévères n’est plus à démontrer.
Dans une étude américaine déjà ancienne, ces produits se situaient au 4ème rang des classes médicamenteuses responsables des hospitalisations chez les personnes âgées après les antivitamines K, l’insuline et les antiagrégants plaquettaires et étaient à l’origine de 10,7% des ces hospitalisations [1].
Les rares études dont nous disposons en France confirment le risque des sulfamides ou des glinides qui sont responsables d’un nombre important d’hypoglycémies sévères [2].

Cet article porte sur l’exploitation d’une cohorte de 29.485 patients diabétiques de type 2 issue d’une base de données allemande et autrichienne. L’âge médian de ces malades était de 70,8 ans et l’ancienneté du diabète de 8,2 ans.
L’objectif principal était d’estimer la fréquence des hypoglycémies sévères, c’est à dire nécessitant une intervention extérieure ou une hospitalisation d’urgence. Les objectifs secondaires comprenaient l’étude des facteurs de risque de survenue de ces accidents.faa47bce38_50036447_pharmacie-04Des événements hypoglycémiques sévères ont été rapportées chez 826 (2,8%) de l’ensemble des patients pendant leur dernière année de traitement par sulfonylurée. Parmi ceux-ci, 531 (1,8%) ont présenté un coma et 501 (1,7%) ont été hospitalisés au moins une fois. Le taux des événements ajusté des hypoglycémies sévères était de 3,9 (IC 95% : 3,7-4,2) événements/100 patients-année, celui des comas de 1,9 (IC 95% : 1,8-2,1) et celui des hospitalisations de 1,6 (IC 95% : 1,5-1,8).

Le taux des événements ajustés variait selon le traitement du diabète : 6,7 pour l’association sulfonylurée et insuline, 4,9 en cas de traitement par sulfonylurée, insuline et un autre antidiabétique oral (ADO), 3,1 pour la prise de sulfonylurée et un autre ADO et 3,8 pour une monothérapie par sulfonylurée.

Les patients ayant présenté au moins 1 événement grave étaient plus âgés (p<0,001) et avaient une plus longue ancienneté du diabète (p=0,02) par rapport aux patients sans accident sévère. La participation à des séances d’éducation thérapeutique et l’existence de stigmates d’insulinorésistance (augmentation de l’IMC ou des triglycérides) étaient associées à une moindre fréquence des épisodes hypoglycémiques.
La constatation d’une insuffisance rénale était fréquente puisque 3113 patients (10,6%) avaient un débit de filtration glomérulaire (DFG) inférieur ou égal à 30 ml / min. La diminution du DFG était associée à un taux accru d’événements graves (7,7 pour ≤ 30 mL / min; 4,8 pour 30 à 60 mL / min et 3,9 pour > 60 mL / min).
Ces données en vie réelle confirment la grande fréquence des hypoglycémies sévères qui est estimée ici à 3,9 / 100 années-patients chez les patients traités par sulfonylurées dans des centres spécialisés dans la prise en charge des patients diabétiques.
Comme cela était attendu, le risque est plus élevé en cas de défaut d’éducation thérapeutique, d’âge avancé et d’insuffisance rénale.
Contrairement aux nouvelles classes médicamenteuses qui n’induisent pas d’hypoglycémie, le traitement par sulfonylurée nécessite donc une grande prudence tout particulièrement chez les patients fragiles et ne présentant pas de signes d’insulinorésistance. Les accidents hypoglycémiques induits par les sulfamides ont une gravité particulière en raison de leur longue durée notamment en cas d’insuffisance rénale.
L’insuffisance rénale modérée à sévère est d’ailleurs une contre-indication formelle à la prescription de cette classe médicamenteuse ce qui n’a visiblement pas été pris en compte chez les patients de ce registre.

Références :
1. Budnitz DS, Lovegrove MC, Shehab N, Richards CL. Emergency hospitalizations for adverse drug events in older Americans. N Engl J Med 2011; 365: 2002-12.
Retrouvez l’abstract en ligne
2. Detournay B, Halimi S, Robert J et al. Hypoglycemia hospitalization frequency in patients with type 2 diabetes mellitus: a comparison of dipeptidyl peptidase 4 inhibitors and insulin secretagogues using the French health insurance database. Vasc Health Risk Manag 2015; 11: 417-25.
Retrouvez l’abstract en ligne

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