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Un traitement par testostérone en prévention du diabète de type 2 ! (chez les patients hypogonades pré-diabétiques)

Le diabète de type 2 est une menace de santé publique. Le pré-diabète représente une fenêtre d’opportunité pour prévenir le développement d’un diabète de type 2. Les hommes ayant un déficit en testostérone ont un risque augmenté de développer une résistance à l’insuline et un diabète de type 2.
La relation entre testostérone et diabète de type 2 peut être biaisée par la graisse abdominale, mais certaines données tendent à suggérer que le déficit en testostérone est associé au diabète de type 2 de façon indépendante de l’IMC, du tour de taille et de l’âge.

La prévalence d’un déficit en testostérone chez les hommes avec un diabète de type 2 et un pré-diabète est plus élevée. En effet, les hommes avec un pré-diabète ont presque 2 fois plus de risque d’avoir un taux bas de testostérone que les hommes normoglycémiques.
Le risque de progression d’un pré-diabète vers un diabète est très élevé, de l’ordre de 74%. La stratégie de prévention repose sur la perte de poids. Le traitement par testostérone permet, chez les hommes hypogonades, une perte de poids significative et durable.
Ainsi, l’hypothèse de travail est que les hommes avec un hypogonadisme et un pré-diabète pourraient ralentir leur progression vers un diabète avec un traitement par testostérone.  Cette hypothèse a été évaluée dans cette étude observationnelle de vraie vie sur 8 ans.

Trois cent seize hommes avec un pré-diabète (défini par une HbA1c entre 5,7 et 6,4%), une testostérone totale ≤ 12,1 nmol/l (≈3,5 ng/ml) et des symptômes d’hypogonadisme (échelle des symptômes d’hypogonadisme) ont été analysés.
Deux cent vingt-neuf hommes ont reçu de l’undecanoate de testostérone par voie parentérale (T-groupe), 1000 mg toutes les 12 semaines après un intervalle initial de 6 semaines et 87 hommes avec hypogonadisme, qui ont refusé le traitement, ont constitué le groupe contrôle non traité. Il s’agit d’une étude observationnelle sur 8 ans.
Les paramètres métaboliques et anthropométriques ont été mesurés 2 fois par an pendant 8 ans.
Le ratio triglycéride/HDL est un marqueur d’insulino-résistance.
L’index triglycérides-glycémie est calculé en multipliant le taux de triglycérides à jeun à la glycémie à jeun. Il est corrélé à l’HOMA-IR.
L’accumulation des produits lipidiques est un autre biomarqueur d’anomalies métaboliques, il est calculé à partir du tour de taille et du taux de triglycérides.

Les 2 groupes avaient un IMC et une HbA1c comparables. Cependant, le groupe traité était plus jeune et avait un tour de taille plus important, des HDLs plus bas, des triglycérides plus élevés et un score de symptômes d’hypogonadisme plus altéré.
De plus, le taux de testostérone de base était plus bas dans le groupe T par rapport au groupe non traité (8,2 vs 9,6 nmol/l).
Le traitement par testostérone a permis la normalisation du taux de testostérone.

Le traitement par testostérone a permis d’améliorer les paramètres glycémiques : l’HbA1c a diminué de 0,39 ± 0,03% (p<0.0001) dans le groupe T et a augmenté de 0,63 ± 0,1% (p<0.0001) dans le groupe non traité.
Dans le groupe T, à la fin du suivi, tous les patients avaient une HbA1c< 6,5% et 90% des patients ont normalisé leur régulation glycémique (HbA1c<5,7%). Dans le groupe non traité, 40,2% des hommes ont progressé vers un diabète de type 2 (HbA1c>6,5%), seul 1 patient (1%) avait une HbA1c<5,7%.
Initialement, 41% des patients étaient obèses, 43% en surpoids et 6% étaient de poids normal. Dans le groupe T, il a été constaté une perte de poids de 8,8% à 8 ans alors que le groupe non traité avait une prise de poids de 9,1%. Le poids a diminué de 9,2 kg dans le groupe traité et a augmenté de 8 kg dans le groupe non traité.
Le traitement a aussi permis une diminution du tour de taille de 6,8 cm alors qu’il augmentait de 7,4 cm en moyenne dans le groupe non traité.
Le traitement par testostérone était également associé à une amélioration significative de la glycémie à jeun, du ratio triglycérides/HDL, de l’index triglycérides-glycémie, de l’accumulation des produits lipidiques, du cholestérol total, de LDL, du HDL, non-HDL, des triglycérides de l’échelle des symptômes d’hypogonadisme masculin.
Une détérioration de ces paramètres était constatée dans le groupe non traité.
La mortalité était 2 fois supérieure dans le groupe non traité, de 7,4% dans le groupe T et de 16,1% dans le groupe non traité (p<0.05).
Enfin, l’incidence des infarctus du myocarde non fatals était de 0,4% dans le groupe T et de 5,7% dans le groupe non traité. (p<0.005).
Le traitement a été très bien toléré, seuls 2 hommes l’ont interrompu pour déménagement.

Dans cette étude observationnelle sur 8 ans, le traitement de longue durée par testostérone a prévenu la progression du pré-diabète vers un diabète de type 2 de patients ayant un hypogonadisme. De plus, il améliore le poids, la masse maigre, la glycémie, les lipides et le score de l’échelle des symptômes des hommes hypogonades.
L’amélioration de différents marqueurs d’insulino-résistance laisse à penser que le mécanisme principal de prévention du diabète de type 2 est l’amélioration de l’insulinosensibilité.
Il est également possible que l’amélioration des paramètres lipidiques avec le traitement par testostérone ait pu contribuer à la diminution de la mortalité et de l’incidence des infarctus du myocarde.
De prochaines études observationnelles et randomisées seront nécessaires pour confirmer ces données.

Article commenté :
Testosterone therapy in men with hypogondism prevents progression from prediabetes to type 2 diabetes : eight-year data from a registry study.
Yassin A, Haider A, Haider KS et al.
Diabetes Care. 2019 Mar 12. doi: 10.2337/dc18-2388.

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