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Un vent de défiance souffle sur les oméga-3

Oméga-3 par-ci, oméga-3 par-là ? Cela fait des décennies que certains nous vantent les propriétés bénéfiques des acides gras oméga-3 (acide alpha-linolénique et acides gras issus des huiles de poisson) dans la prévention et le traitement des maladies cardiovasculaires. Dans une revue générale publiée en juin 2011 dans Médecine des Maladies Métaboliques(1), nous avions émis de nombreuses réserves quant à l’efficacité des supplémentations en acides gras oméga-3, car les études publiées conduisaient à des résultats franchement discordants.

Plus récemment, dans un ouvrage publié par Elsevier Masson et paru au mois de mars 2018 (Manuel de nutrition pour le patient diabétique), nous avons écrit dans le chapitre consacré aux « graisses alimentaires, en général et en particulier, chez le patient diabétique »(2) qu’en dehors de quelques rares études comme celle conduite en Italie et publiée sous l’acronyme GISSI (pour Gruppo Italiano por lo Studio della Soprawivenza nell’ Infarto miocardico), on manquait d’éléments prouvant que les supplémentations en acides gras oméga-3 avaient un effet bénéfique. En 2004, un groupe de travail du National Institute of Health (Bethesda, États-Unis), avait émis l’avis suivant : « Il y a un ensemble d’éléments qui sont en faveur de l’hypothèse selon laquelle les acides gras oméga-3 réduisent le risque cardiovasculaire mais il serait indispensable de disposer d’une étude permettant d’en apporter la preuve définitive ». Depuis, les études se sont accumulées et les résultats se sont avérés globalement en défaveur de l’effet bénéfique des acides gras oméga-3. Citons à titre d’exemple une métaanalyse publiée en 2018(3) et qui a porté sur 10 études de longue durée regroupant un total de 78 000 participants. Après une moyenne de suivi de 4,4 années, cette métaanalyse n’a montré aucune baisse significative de l’incidence des maladies coronaires ou des événements cardiovasculaires majeurs chez les sujets qui avaient été supplémentés en oméga-3 par rapport à ceux qui n’en avaient pas reçu.

Le « coup de grâce » si l’on peut dire a été donné par la publication dans le New England Journal of Medicine des résultats de l’étude ASCEND (A Study of Cardiovascular Events in Diabetes). Cette étude interventionnelle a été réalisée sur une population de 15 480 patients diabétiques mais qui ne présentaient au départ aucun stigmate d’athérosclérose. Les sujets ont été randomisés en 2 groupes. Le premier a reçu tous les jours des capsules contenant 840 mg d’acides gras oméga-3 (460 mg d’acide eicosapentaénoïque et 380 mg d’acide docosahexaénoïque). Le deuxième groupe dit « témoin » a reçu une capsule d’huile d’olive. En raison de la faible quantité d’huile d’olive contenue dans ces capsules (1 gramme), les investigateurs ont considéré que son effet était neutre. Pendant la période de suivi qui s’est étalée sur une période moyenne de 7,4 ans, un accident vasculaire sérieux est survenu chez 689 patients (8,9 %) dans le groupe oméga-3 et chez 712 (9,2 %) dans le groupe témoin (p = 0,55). La survenue d’un événement englobant un accident vasculaire sérieux ou une revascularisation a été observée chez 882 patients (11,4 %) et chez 887 patients (11,5 %) assignés respectivement au groupe oméga-3 et au groupe témoin. Enfin, pour ne parler que des principaux résultats, le nombre de décès quelle qu’en soit la cause a été le suivant : 752 patients (9,7 %) dans le groupe oméga-3 et 788 (10,2 %) dans le groupe témoin. Avec de tels résultats, les calculs statistiques n’ont montré évidemment aucune différence significative entre les 2 groupes. Les résultats sont illustrés sur la figure.

Les auteurs de cette étude interventionnelle, qui a porté sur un nombre important de sujets avec une méthodologie rigoureuse, ont confirmé que les apports recommandés en acides gras oméga-3 (250 mg pour l’acide eicosapentaénoïque et l’acide docosahexaénoïque, soit 500 mg pour la somme des 2) ne reposent sur aucune base sérieuse, bien que ce type de recommandations reste toujours en vigueur, y compris celle qui préconise de consommer une portion de poisson (autant que possible gras) deux fois par semaine. Si la consommation de poisson réduit le risque cardiovasculaire, c’est probablement par le biais d’autres nutriments que les acides gras oméga-3. De toute manière les résultats de l’étude ASCEND ne sont pas en faveur de supplémentations en acides gras oméga-3 chez les sujets diabétiques. De plus, il est fortement probable que ces supplémentations sont également parfaitement inutiles chez les personnes qui ne sont pas diabétiques.

En conclusion, cette étude du ASCEND study group semble clore un débat qui existait depuis plusieurs décennies et qui avait conduit certains à faire entrevoir un traitement préventif et même curatif des maladies cardiovasculaires à travers une supplémentation en acides gras oméga-3 dont les vertus hypothétiques ont été pendant longtemps largement surestimées.

Références:

1. Monnier L, Colette C. Acides gras oméga 3 et pathologie cardiovasculaire : la part du vrai. Méd Mal Métab 2011 ; 5 : 269-77. Rechercher l’abstract

2. Monnier L, Colette C. Les graisses alimentaires en général et, en particulier, chez le patient diabétique. Eds : L. Monnier et J-L Schlienger. Elsevier Masson. Issy-les-Moulineaux. 2018 : 77-94. Rechercher l’abstract

3. Aung T Halsey J, Krombout D et al. Associations of omega-3 fatty acid supplement use with cardiovascular disease risks: meta-analysis of 10 trials involving 77917 individuals. JAMA Cardiol 2018 ; 3 : 225-34. Rechercher l’abstract

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