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Viande, produits laitiers et risque de diabète : l’incertitude

Par le Pr Jean-Louis Schlienger (Strasbourg)
Article commenté :
Red meat, dairy, and insulin sensitivity: a randomized crossover intervention study
Turner KM, Keogh JB, Clifton PM
Am J Clin Nutr 2015 ; 101 : 1173-9

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De nombreuses études observationnelles ont décrit des associations entre l’alimentation et l’incidence du diabète de type 2 indépendamment de l’apport énergétique ou du poids.

C’est ainsi que la consommation de fruits et légumes ou de produits laitiers, une charge importante en fibres et la consommation régulière et modérée d’alcool ou de café semblent avoir un effet protecteur sur le risque de DT2 en améliorant la sensibilité à l’insuline.
En revanche la consommation de viande rouge naturelle ou transformée est associée à un risque de DT2 plus élevé. Seules les études d’intervention – en l’occurrence des manipulations diététiques – permettent d’avancer dans la connaissance et la compréhension de telles associations.
viande
Encore peu nombreuses, elles aboutissent parfois à des conclusions inattendues comme cette étude randomisée croisée réalisée chez une cinquantaine de sujets obèses ou en surpoids non diabétiques qui a comparé les effets sur le métabolisme glucidique d’un régime riche en viande (200 g/j 6 fois par semaine) et restreint en lait, d’un régime riche en produits laitiers (4 à 6 produits laitiers /jour) sans viande rouge et d’un régime contrôle ne comportant ni produits laitiers ni viande.
Une épreuve de charge glucosée a été réalisée après 4 semaines de chacun de ces régimes avec la détermination de la glycémie, de l’insulinémie, du peptide C et le calcul de la sensibilité et de la résistance à l’insuline.
A l’issue du régime lacté, l’insulinémie est plus élevée qu’après le régime riche en viande sans modification de la glycémie à jeun, ce qui suggère une diminution de la sensibilité à l’insuline. La sensibilité à l’insuline calculée n’est pas modifiée chez les hommes mais réduite de 15% chez les femmes après le régime lacté.
L’index d’insulino-résistance HOMA-IR est plus faible après le régime riche en viande qu’après le régime lacté (1.33 vs 1,70 ; p<0,01). Le peptide C reste inchangé.

Ces résultats vont donc à l’encontre des associations décrites par les études observationnelles et rappellent – à défaut de nous éclairer sur les mécanismes régissant les rapports entre l’alimentation et le risque de diabète – qu’une association statistiquement significative n’a évidemment pas valeur de causalité.
L’épidémiologie ouvre des pistes mais ne prouve pas. Méfiance donc devant l’avalanche de relations décrites entre les aliments et les maladies. En réalité pour réduire le risque de diabète il ne faut ni limiter les produits laitiers ni augmenter la part de la viande mais contrôler les apports énergétiques et le poids.

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